





La Ferdi a lancé une série de trois webinaires sur le thème "Concilier le financement du développement international et celui des biens publics mondiaux":
Ce 3e webinaire de la série avait pour objetd’examiner les limites des métriques actuelles, les innovations méthodologiques en cours et leurs implications pour la gouvernance du financement international du développement et des biens publics mondiaux.
Modérateur : Bruno Cabrillac, Directeur général de la Ferdi
Panélistes :
Les financements concessionnels occupent aujourd’hui une place centrale dans la réponse aux grands défis internationaux. Historiquement conçus pour soutenir le développement économique et social des pays à faible revenu, ils sont désormais également mobilisés pour financer des biens publics mondiaux tels que la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité ou encore la prévention des pandémies.
Cette évolution soulève une question fondamentale : les systèmes actuels de mesure et de suivi des flux financiers permettent-ils de distinguer correctement les financements destinés au développement de ceux consacrés aux biens publics mondiaux ?
Cette question est certes technique mais elle conditionne également notre capacité à évaluer les efforts réels des bailleurs, à apprécier l’additionnalité des financements consacrés aux biens publics mondiaux, à mesurer les arbitrages opérés dans l’allocation des ressources concessionnelles et, plus largement, à renforcer la transparence et la redevabilité de l’architecture financière internationale.
Le changement climatique constitue à cet égard un cas particulièrement révélateur. Les deux principales dimensions de l’action climatique – l’atténuation et l’adaptation – poursuivent des objectifs complémentaires mais distincts.
L’atténuation vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre et produit principalement des bénéfices globaux. Parce qu’elle contribue à un bien public mondial, son financement tend naturellement à être orienté vers les projets permettant d’obtenir les réductions d’émissions les plus importantes au moindre coût, quels que soient les pays dans lesquels ils sont mis en œuvre.
L’adaptation répond quant à elle à des besoins essentiellement locaux. Elle vise à renforcer la résilience des populations, des infrastructures et des économies face aux conséquences du changement climatique. À ce titre, elle partage de nombreuses caractéristiques avec les financements du développement et concerne en priorité les pays les plus pauvres et les plus vulnérables.
Ces différences de finalité soulèvent une interrogation plus large : les financements destinés au développement et ceux consacrés aux biens publics mondiaux devraient-ils être identifiés, suivis et analysés à travers des métriques distinctes ?
S’il est tentant de répondre par l’affirmative, les systèmes actuels de suivi des flux peinent souvent à distinguer clairement les objectifs poursuivis par les financements. Les définitions demeurent parfois hétérogènes, les méthodes de comptabilisation varient selon les institutions et les catégories statistiques existantes ne permettent pas toujours d’apprécier avec précision la finalité réelle des projets financés.
Cette situation rend plus difficile l’évaluation des efforts consacrés respectivement au développement et aux biens publics mondiaux. Elle limite également la capacité des décideurs à apprécier la cohérence des allocations, à comparer les pratiques des différents bailleurs et à vérifier dans quelle mesure les ressources concessionnelles soutiennent effectivement les objectifs qui leur sont assignés.
Parallèlement, les progrès récents en matière d’exploitation des données et d’intelligence artificielle ouvrent de nouvelles perspectives pour l’analyse des flux financiers internationaux. De nouvelles approches permettent désormais d’examiner plus finement le contenu des projets financés et d’améliorer leur classification en fonction de leurs objectifs réels. Ces innovations pourraient contribuer à renouveler les outils de suivi disponibles et à enrichir les débats sur la gouvernance du financement international.
Au-delà de la question méthodologique, les enjeux sont profondément stratégiques. Mieux distinguer les financements destinés au développement de ceux consacrés aux biens publics mondiaux constitue une condition essentielle pour éclairer les débats sur l’allocation des ressources concessionnelles (voir le webinaire Ferdi du 13 mai dernier sur l’allocation), renforcer la confiance entre partenaires et garantir que les besoins des pays les plus pauvres et les plus vulnérables demeurent visibles dans un contexte de multiplication des priorités internationales.
Alors que se tiendra le Forum politique de haut niveau des Nations unies qui vise à redynamiser le Partenariat mondial pour le développement durable, ce webinaire a réuni chercheurs, représentants d’institutions internationales et praticiens du financement du développement afin d’examiner les limites des métriques actuelles, les innovations méthodologiques en cours et leurs implications pour la gouvernance du financement international du développement et des biens publics mondiaux.