Concilier le financement du développement international et celui des biens publics mondiaux

Six messages clés de la série de webinaires "Concilier le financement du développement international et celui des biens publics mondiaux".

La Ferdi a organisé une série de webinaires sur le financement international du développement et des bien publics mondiaux.

Chaque webinaire a porté sur un thème spécifique : 

  • Mobilisation des ressources : Qui doit financer la lutte internationale contre le changement climatique ? (24 mars 2026) 
  • Règles d’allocation des ressources concessionnelles : Financement des biens publics mondiaux et financement du développement : quelles règles d’allocation pour quelles finalités ? (13 mai 2026) 
  • Mesure des flux financiers : Les métriques du financement international sont-elles adaptées à la distinction entre développement et biens publics mondiaux ? (9 juillet 2026) 

À travers ces trois webinaires réunissant chercheurs, responsables d'institutions internationales et praticiens du développement, la Ferdi a exploré les conditions d'une meilleure articulation entre le financement du développement et celui des biens publics mondiaux. 

Six enseignements majeurs se sont dégagés de ces échanges et alimenteront les travaux de recherche de la Fondation ainsi que les débats internationaux sur l'évolution de l'architecture financière internationale.

1. Distinguer clairement le financement du développement de celui des biens publics mondiaux

Les échanges ont convergé vers un même constat : le financement du développement, celui de l'adaptation et celui de l'atténuation poursuivent des objectifs distincts. Les confondre conduit à brouiller les critères d'allocation, les méthodes d'évaluation et les priorités d'action. Cette clarification est apparue comme un préalable à toute réforme de l'architecture financière internationale.

«Toutes ces finalités sont légitimes, mais elles sont fondamentalement différentes. Il est donc indispensable d'être explicite sur les objectifs poursuivis et d'évaluer ensuite l'efficacité des financements à l'aide de critères directement liés à chacun d'eux.» Masood Ahmed

«Nous sommes passés d'une logique d'addition à une logique de soustraction: au lieu de s'ajouter au financement du développement, une partie des financements consacrés au climat est venue s'y substituer.» Serge Tomasi

«Aujourd'hui, on observe une réorientation progressive des ressources concessionnelles vers les objectifs climatiques mondiaux, sans que leur volume global augmente suffisamment. Autrement dit, nous demandons aux pays les plus pauvres de supporter une part disproportionnée du coût de la transition mondiale.» Frannie Léautier

2. Adapter les règles d'allocation aux objectifs poursuivis

Les discussions ont montré que les critères d'allocation devaient être adaptés aux objectifs recherchés : soutenir les pays les plus vulnérables lorsqu'il s'agit de développement ou d'adaptation, et maximiser les réductions d'émissions lorsqu'il s'agit d'atténuation. Cette évolution suppose de dépasser les approches uniformes pour privilégier des règles cohérentes avec les finalités poursuivies.  

«L'atténuation poursuit un objectif mondial, tandis que l'adaptation répond d'abord à un objectif de développement.» François Bourguignon

«L'adaptation vise avant tout à compenser les coûts supplémentaires que le changement climatique impose au développement des pays les plus vulnérables ; elle relève donc pleinement du financement du développement.» Patrick Guillaumont

«Les responsabilités et les capacités évoluent de manière continue; elles ne peuvent plus être appréhendées à travers des catégories figées.» Guillaume Pottier

3. Mieux répondre aux besoins des pays les plus vulnérables

Les analyses présentées au cours de la série ont montré que les financements ne sont pas toujours alloués en fonction des besoins les plus importants. Malgré une vulnérabilité élevée, certains pays continuent de recevoir relativement peu de financements d'adaptation, ce qui interroge les critères actuels d'allocation.

«Le fait d'être un pays à faible émission de carbone n'a, jusqu'à présent, pas permis d'attirer de financements spécifiques.» Vahinala Raharinirina

«Il n'existe pas de relation statistiquement significative entre les financements d'adaptation et la vulnérabilité climatique, sauf dans les situations les plus extrêmes.» Sosso Feindouno

«Les données montrent que les financements d'adaptation ne sont pas systématiquement dirigés vers les pays les plus vulnérables.»
Catherine Simonet

«Une attention particulière doit être portée au soutien à la préparation des projets et au renforcement des capacités, qui doivent accompagner ces financements. Cette dimension est essentielle, en particulier dans le cadre du financement de l'adaptation (dans les pays en développement).» Amrita Goldar

4. Améliorer la mesure et la transparence des financements

Les intervenants ont insisté sur la nécessité de disposer de métriques plus robustes afin de mieux distinguer les différentes finalités des financements, d'évaluer leur additionnalité et de renforcer la redevabilité des bailleurs. Les nouvelles approches mobilisant l'intelligence artificielle et les travaux du TOSSD ouvrent des perspectives intéressantes.

«Les nouvelles méthodes fondées sur l'intelligence artificielle peuvent considérablement améliorer la qualité des statistiques sur le financement du développement. Les données existent ; l'enjeu est désormais de mieux les exploiter pour distinguer les différentes finalités des financements.» Xubei Luo

«Le TOSSD a été conçu comme un cadre évolutif, capable de s'adapter aux nouveaux besoins de mesure et aux priorités exprimées par ses membres.» Tomáš Hos

5. Mobiliser davantage de ressources et de nouveaux acteurs

La série a souligné que les besoins dépassaient désormais largement les capacités des seuls financements publics concessionnels. Les intervenants ont plaidé pour une mobilisation accrue du secteur privé, des banques multilatérales de développement et un élargissement de la base des pays contributeurs.

«Les nouveaux pays à revenu élevé devraient également contribuer au financement international.» Justin Yifu Lin

«Plusieurs pays ne figurant pas aujourd'hui dans l'annexe II pourraient légitimement participer au financement climatique.» Gaia Larsen

«Les besoins de financement sont tels qu'ils ne pourront être couverts par les seuls financements publics. Il faut donc imaginer des mécanismes capables d'attirer les investissements privés tout en répondant aux objectifs climatiques.» Karim El Aynaoui

6. Réformer l'architecture financière internationale

Au terme des trois webinaires, un large consensus s'est dégagé sur la nécessité de faire évoluer les règles internationales afin de mieux répondre aux réalités économiques, climatiques et géopolitiques contemporaines, tout en préservant les principes de solidarité et de coopération internationale.

«Une enveloppe devrait  être réservée aux pays les moins avancés: l’objectif doit toujours être que les financements assortis des conditions les plus concessionnelles aillent aux pays ayant les revenus les plus faibles.» Désiré Vencatachellum

«Il ne faudrait surtout pas renoncer au multilatéralisme climatique. Malgré ses imperfections et les blocages actuels, il demeure le seul espace où l'ensemble des pays du monde peuvent dialoguer sur ces questions.» Sylvie Lemmet