Le financement des pays à faible revenu, victime collatérale des déséquilibres mondiaux

Le problème des déséquilibres mondiaux, envisagé sous l’angle des déséquilibres des comptes courants et donc des déséquilibres entre épargne et investissement, des positions extérieures et de leur financement, reste au cœur des discussions économiques et financières internationales, et de la Présidence française du G7. Or, dans ces discussions sur les effets des déséquilibres mondiaux et sur les solutions pour les réduire, peu d’attention a été jusque-là accordée aux pays à faible revenu (PFR). Bien que ces derniers aient un faible poids dans les déséquilibres mondiaux et ne soient donc pas ainsi directement partie prenante de ces déséquilibres, ils en sont les victimes collatérales dans la mesure où ceux-ci affectent leur commerce de biens et services et leur financement externe. En effet en distordant la constellation des déséquilibres entre épargne et investissement, les déséquilibres mondiaux ont dans le même temps entravé l’insertion des PFR dans les chaînes de valeur mondiale et les flux de financement de pays qui doivent être importateurs nets de capitaux. Le débouclage de ces déséquilibres, même dans l’hypothèse la plus favorable, prônée par le G7, risque de renforcer ces effets négatifs si l’accroissement des investissements des pays excédentaires et la réduction des importations de capitaux des pays déficitaires ne profitent pas aux PFR.

De plus, leur plus faible capacité à agir sur les marchés mondiaux rend les PFR particulièrement vulnérables aux chocs externes et donc aux politiques commerciales, budgétaires, monétaires et prudentielles menées par les grandes puissances économiques dont les déséquilibres mondiaux sont à la fois une cause et une conséquence. De ce fait, le risque est que des stratégies unilatérales ou bilatérales de rééquilibrage des déséquilibres menés par les principales économies du monde (Chine et Etats-Unis en tête) se répercutent sur les balances commerciales et les sources de financement externe des PFR. Or, certaines des politiques actuellement conduites par les pays industrialisés pour réduire ces déséquilibres, comme l’augmentation des tarifs douaniers et des accords bilatéraux, impactent déjà les PFR, à court et long terme. Cette situation est d'autant plus problématique que ces pays vont avoir, dans les années à venir, des besoins croissants de financements internationaux pour faire face aux défis d’une forte croissance démographique, de l'adaptation au réchauffement climatique, dont ils commencent déjà à subir les conséquences, mais aussi de la transition énergétique.

Le but de cette note est donc de proposer une analyse de la situation actuelle et des évolutions récentes des balances des paiements des pays à faible revenu, afin d’identifier leurs principales contraintes de financement externe en lien avec les déséquilibres mondiaux et de proposer des pistes de recommandations de renforcement de ces capacités de financement.

Ce rapport a été réalisé pour la Direction générale du Trésor dans le cadre de la Présidence française du G7 2026. 

Citer

Mien E., Butail B., Cabrillac B. (2026) "Le financement des pays à faible revenu, victime collatérale des déséquilibres mondiaux", Rapport Ferdi, 44 p.