




Le Sommet Africa Forward aura sans doute marqué un tournant dans l’évolution du partenariat entre l’Afrique et ses partenaires internationaux, en particulier la France. Au fil des échanges, un message s’est imposé avec force: le temps de l’aide pensée comme principal moteur du développement doit céder la place à une logique d’investissement, de co-construction et de partenariat économique entre égaux.
Dans ce contexte, la Ferdi a apporté des contributions concrètes:
Le Sommet confirme ainsi une évolution profonde des cadres de pensée du développement. Investissement productif, souveraineté économique, transformation industrielle et agricole, création d’emplois : ces thèmes sont désormais au cœur du récit porté conjointement par de nombreux dirigeants africains et européens. L’idée d’une «Afrique qui gagne», portée avec force durant les débats, traduit à la fois une réalité et une aspiration croissante. La valorisation du sport ainsi que des industries culturelles et créatives associe nouveaux moteurs de développement et fierté identitaire du continent.
L'assimilation de l'aide à la dépendance et aux rapports de domination ont été soulignés fortement tandis qu’était valorisé le partenariat entre égaux, France et pays africains, reposant sur écoute et respect, et recherchant la convergence des intérêts et le gagnant-gagnant. Aussi, le Sommet a mis l'accent sur la promotion d'instruments nouveaux de partenariats, comme les garanties,le dérisking de l'investissement privé ou la mobilisation de l'épargne privée et publique africaine.
Mais Africa Forward aura aussi été le Sommet des silences. Derrière l’optimisme affiché, plusieurs réalités africaines sont restées en marge des discussions : pays en conflit, États les plus pauvres, enjeux de santé et d’éducation, fragilités sociales ou climatiques. Les questions environnementales ont également été peu abordées, tout comme le fait qu’une grande partie des besoins d’infrastructures ne pourra relever du seul financement privé.
Enfin, la critique de l’aide a pu faire croire que les mécanismes financiers innovants pourraient atteindre des résultats de développement similaires ou supérieurs, sans coût public pour les pays industrialisés. Or garanties,couverture des premières pertes ou blended finance — aussi utiles et bienvenues soient-elles — mobilisent elles aussi des ressources concessionnelles importantes.
Dans ce contexte mouvant, la Ferdi entend continuer à porter une voix singulière : celle d’un développement fondé sur l’investissement productif, la soutenabilité, l’inclusion et la résilience, au bénéfice prioritaire des pays et populations les plus pauvres. Elle peut s'appuyer pour cela sur de nombreuses années de recherches et travaux portant sur les sujets au cœur de ce Sommet : blending, mobilisation des ressources domestiques et privées, dans le dernier cas au travers des marchés financiers nationaux, ou encore modernisation agricole et maximisation des ressources provenant des industries extractives. Ces sujets s’inscrivent dans le prolongement des orientations affirmées dès la conférence d’Addis-Abeba de 2015 sur le financement du développement. Cette dernière avait déjà clairement placé le curseur sur le financement privé du développement, particulièrement en Afrique. Elle promettait notamment une augmentation des investissements privés en faveur du développement durable de l’ordre de plusieurs milliards de dollars. Dix ans plus tard, la conférence de Séville a mis en évidence les limites des ambitions portées à Addis : malgré des promesses renouvelées de mobilisation du secteur privé, la question demeure entière de savoir comment attirer les investissements dans les pays les moins attractifs pour les investisseurs.
Le véritable défi est donc moins d’opposer aide et investissement que de construire des politiques capables d’articuler efficacement financements publics et mobilisation du secteur privé au profit notamment des biens publics essentiels et d'une croissance durable, riche en emplois. Ces politiques, et c'est peut-être l'élément le plus frais, doivent être bénéfiques au continent Africain comme à tous ses partenaires, notamment la France. Elles continueront de puiser dans plusieurs décennies de réflexion sur l’aide au développement, tout en intégrant des approches nouvelles et parfois disruptives.
Le Sommet Africa Forward ouvre une nouvelle séquence. À nous désormais d'accompagner les réflexions innovantes et les thématiques émergentes, sans céder ni aux effets de mode ni au cynisme du retour perpétuel des mêmes débats, et d’apporter aux décideurs du Nord comme du Sud davantage de cohérence, de contenu et d’ambition de long terme.
Comme l’a résumé l’un des participants au Pavillon social, « un enjeu essentiel est de passer des dépendances subies aux interdépendances choisies ».