Au lendemain d’Évian

Du 15 au 17 juin 2026 s’est tenue à Évian la réunion des chefs d’État et de gouvernement du G7 sous présidence française. Depuis 1974 où Valery Giscard d’Estaing avait réuni une première fois à Rambouillet au lendemain du premier choc pétrolier les six chefs des principaux pays industrialisés d’alors, la nature même de ce forum, devenu une institution majeure dans l’ordre international, a bien changé. Depuis que le G20 s’est érigé en première instance informelle de coordination mondiale, le G7 qui réunit les grandes démocraties occidentales tout en n’apparaissant "plus que comme le leader du bloc occidental, notamment depuis la guerre en Ukraine" (Cabrillac et Jaillet, 2026) traite cependant de tous les grands problèmes politiques mondiaux. Au demeurant il est resté en parallèle une instance qui se préoccupe des problèmes des pays à faible revenu, peu ou non représentés au G20 et dont les intérêts ne sont pas toujours convergents avec les grands pays émergents participant au G20.

À Évian, les débats ont certes été dominés par le contexte de la guerre en Iran et la tentative d’accord entre les États-Unis et l’Iran ou la guerre de la Russie en Ukraine, mais l’ordre du jour et les déclarations, longuement et intensément préparés dans les mois précédents ont aussi porté sur les grandes questions géoéconomiques. Elles ont aussi directement concerné les pays pauvres et vulnérables. La Ferdi a été associée à cette préparation et on retrouve dans les déclarations du G7, la présence de quelques positions que nous avons longtemps défendues, en particulier dans la période qui a précédé le Sommet d’Évian.

Dès lors que les pays du G7 ne voulaient pas remettre en cause la réduction drastique de leurs crédits pour le développement, au moins fallait-il qu’ils s’entendissent pour que les pays qui en ont le plus besoin soient mieux protégés que les autres, ce que la Ferdi s’est efforcée de faire valoir (Ferdi, 2026). Cela même n’était pas acquis d’avance. Un premier point important a été marqué par le Communiqué ministériel G7 développement (mis à jour le 6 mai) qui dans son paragraphe 5 "Un engagement communs pour les générations futures" énonce : ­
| " Nous encourageons l’ensemble des acteurs du développement à concentrer les ressources concessionnelles là où elles sont le plus nécessaires notamment dans les pays les moins avancés et les plus vulnérables ..."

Ce communiqué, nouveau à plus d’un titre, a été repris quasiment tel quel dans la Déclaration des chefs d’État et de gouvernement sur les Partenariats internationaux mutuellement bénéfiques, cette fois sous la forme d’un engagement et non plus d’un encouragement : ­
| " Nous utiliserons les ressources concessionnelles de manière stratégique là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans les pays les moins avancés et les plus vulnérables, en répondant aux besoins spécifiques des pays exposés à des chocs exogènes et à des catastrophes naturelles, difficilement accessibles, avec un accès restreint aux marchés financiers et en proie à des conflits en cours ou qui perdurent." Cette même Déclaration, qui rappelle qu’associée à d’autres formes de financement "l’aide publique au développement concessionnelle joue toujours un rôle stratégique", revient à plusieurs reprises sur l’importance de la solidarité envers les pays et les populations les plus vulnérables, sur la nécessité de renforcer la résilience face aux chocs exogènes, de faire face aux risques, etc…

Elle traduit ainsi le besoin de prendre en compte la vulnérabilité dans ses diverses dimensions pour l’allocation des ressources concessionnelles, ce qui a été depuis longtemps une recommandation de la Ferdi. Celle-ci devra accompagner la mise en œuvre de cette déclaration en apportant ses réflexions sur la catégorie des pays les moins avancés - PMA, qui ré- apparaît dans la déclaration des chefs d’État et de gouvernement (où elle avait disparu depuis une vingtaine d’années), sur l’identification des "pays les plus vulnérables" et sur la manière de concilier l’objectif de solidarité internationale avec le financement des biens publics mondiaux.

Très importante est d’autre part la Déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7 "pour une croissance plus équilibrée, plus durable et plus résiliente". L’accent est mis sur la nécessité de "parvenir à une croissance équilibrée et durable grâce à une réduction des déséquilibres mondiaux". Bien que dans cette Déclaration il soit peu question des pays pauvres, la section s’ouvre  par une phrase qui correspond au message porté par la Ferdi dans la préparation du G7 :­
| " Les déséquilibres peuvent avoir des effets économiques négatifs, notamment sur les pays les plus pauvres, quand bien même la plupart de ces pays ne contribuent pas aux déséquilibres. "

La Déclaration note en particulier la nécessité pour les pays avec des excédents externes importants "d’éviter les mesures de distorsion entraînant des effets de bord négatifs sur d’autres pays". La Ferdi a en effet souligné que les pays les plus pauvres ont été des victimes collatérales de la montée des déséquilibres mondiaux (Mien E., Butail B., Cabrillac B., 2026). Ceux-ci ont permis à la Chine de construire une position dominante dans les chaines de valeur manufacturières mondiales, rendant encore plus difficile l’insertion des pays les plus pauvres dans celles-ci. Dans le même temps, les États-Unis attirent une part, toujours plus grande, de l’épargne mondiale, alors notamment que des pays les plus pauvres peinent à financer leur développement.

Il reste au G7 à mieux et plus précisément prendre en compte ces effets négatifs, pour y remédier et éviter que la réduction des déséquilibres mondiaux les aggrave. C’est un sujet sur lequel la Ferdi entend poursuivre sa réflexion, qui est évidemment liée aussi à la question de l’allocation des ressources aux pays les moins avancés et les plus vulnérables.
Sur la question de l’allocation de ressources concessionnelles aux pays les plus pauvres et plus vulnérables et sur l’attention qui doit leur être portée dans le cadre de l’atténuation des déséquilibres mondiaux, la Ferdi reste mobilisée et poursuit ses travaux en vue de proposer des recommandations opérationnelles qui puissent permettre de concrétiser les engagements pris au G7.