



Dans une première partie, elle montre une rupture structurelle survenue après la crise financière de 2008 et le Printemps arabe : la région, longtemps excédentaire, bascule après 2011 vers des déficits courants persistants. Ce constat masque une forte hétérogénéité entre pays pétroliers (Algérie, Libye), dont les excédents passés ont cédé la place à une forte volatilité liée aux cours des hydrocarbures, et pays non pétroliers, en déficit continu depuis 2009 mais à des degrés très variables. La décomposition du compte courant révèle un déficit commercial des biens quasi systémique, une balance des services généralement excédentaire (portée par le tourisme au Maroc et en Tunisie), et des transferts de la diaspora qui constituent la première ressource positive de la région. L’aide publique au développement reste marginale, sauf pour la Jordanie et, ponctuellement, l’Égypte.
La note identifie ensuite cinq régimes types de financement externe des déficits : tourisme, rente des hydrocarbures, transferts de migrants, rente géopolitique et endettement extérieur. Chacun est exposé à des vulnérabilités structurelles propres (stress hydrique, dépendance alimentaire et énergétique, fragilité géopolitique), que les tensions régionales autour de l’Iran viennent aujourd’hui réactiver.
La seconde partie approfondit trois trajectoires emblématiques de ces régimes. La Tunisie illustre un modèle « tourisme et diaspora », fragilisé par l’effondrement des IDE depuis 2011 et dont l’amélioration du solde courant en 2023-2024 tient davantage à une compression des importations qu’à un regain de compétitivité, comme le confirme le nouveau creusement du déficit en 2025. La Jordanie relève d’une « rente géopolitique » : transferts des migrants et APD y couvrent l’essentiel du déficit commercial. Ce régime absorbe bien les chocs mais est aujourd’hui fragilisé, comme illustré par la suspension partielle de l’USAID en 2025. L’Égypte, enfin, fonctionne sur un modèle de « mégaflux et mégadettes », combinant transferts des migrants et IDE avec un endettement extérieur élevé et mis sous tension par l’effondrement des recettes du Canal de Suez en 2024. L’analyse tend à montrer que ces trajectoires nationales, corrélées de façon contrastée entre elles, répondent autant à des chocs régionaux communs qu’à des dynamiques idiosyncratiques.
Le papier conclut que la soutenabilité externe dépend moins du niveau du déficit courant que de la nature, de la diversification et de la stabilité de son financement, et appelle à une réduction de la dépendance à un nombre restreint de sources de devises, à un renforcement de l’attractivité pour les IDE productifs, ainsi qu’à une meilleure résilience face aux chocs géopolitiques, financiers et climatiques.
Ben Chérif K., Bhouri M., Gassab M., Mien É. (2026) « Analyse des financements externes des pays du Proche-Orient et du Maghreb au prisme de leur balance des paiements », FERDI Working Paper P384, October.