Nouvelles dynamiques autour de l’économie numérique : la numérisation au service de l’emploi agricole et de la transformation rurale dans l’UEMOA

Ce rapport examine comment la connectivité mobile transforme les marchés du travail agricole, les stratégies productives des ménages et les dynamiques de diversification économique dans la zone UEMOA.

Le point de départ est un constat largement documenté : la région est confrontée à une population majoritairement jeune et rurale, ce qui intensifie la pression sur des marchés du travail caractérisés par une forte dépendance à l’agriculture de subsistance, des niveaux élevés d’informalité et une offre limitée d’emplois stables et rémunérés. Dans ce contexte, l’agriculture demeure un pilier économique et social, contribuant en moyenne à 25,7 % du PIB (2022) et représentant 52,2 % de l’emploi total et 63,3 % de l’emploi rural total dans l’UEMOA. Mais ce poids s’accompagne de contraintes structurelles persistantes : faible productivité, dépendance à l’agriculture pluviale, adoption limitée de technologies modernes, et vulnérabilité accrue aux chocs climatiques, avec des pertes de productivité potentielles estimées à 30–40 %. Un panorama général des problématiques d’accès à l’emploi rencontrées par les jeunes en zone rurale dans l’UEMOA est proposé par Cariolle et Dsouza (2026).

À partir des données des enquêtes EHCVM 2018–2019, couvrant près de 60 000 ménages et cinq mille zones d'énumération dans huit États membres, ce rapport montre que la connectivité contribue à l’intégration spatiale des marchés du travail agricole en réduisant significativement les écarts de salaires agricoles journaliers entre zones connectées, avec des effets particulièrement marqués sur les salaires des femmes, traduisant une monétisation accrue du travail agricole féminin – souvent non rémunéré – dans les zones couvertes par le réseau mobile. Ce processus d'intégration des marchés du travail s'accompagne d'une substitution progressive de la main-d'œuvre familiale par une main-d'œuvre salariée externe, d'une modernisation des pratiques agricoles (mécanisation du labour et adoption d'intrants améliorés), d’un réalignement à la baisse de l’offre agricole sur la demande de marché, et d'une réorientation partielle de la force de travail familiale vers des activités non agricoles plus rémunératrices. 

L’analyse proposée dans ce rapport vient ainsi compléter les enseignements de l’étude sur contribution de la connectivité mobile à l'intégration des marchés alimentaires dans la région (Cariolle & Carroll, 2024, 2026), en mettant en lumière des mécanismes sous-jacents à l'intégration des marchés alimentaires : la hausse de la consommation alimentaire rurale, moteur identifié de la convergence des prix des denrées alimentaires, trouve une explication structurelle dans l’accès au marché du travail agricole, la substitution de la main d’œuvre agricole familiale avec la main d'œuvre externe, et la diversification des revenus des ménages connectés. L'ensemble des résultats présentés dans les deux rapports met en évidence des effets d'équilibre général entre différents marchés – alimentaire, travail, financier – mais distribués de façon hétérogène : les ménages non détenteurs de téléphones dans les zones couvertes font face à une hausse des prix sans gains compensateurs de revenus, soulignant la nécessité de politiques d'accessibilité numérique ciblées sur les populations exclues du processus de numérisation.

Document réalisé pour la Commission de l’UEMOA dans le cadre de la convention Ferdi - UEMOA.

Citation

Cariolle J., Caroll II D. A. (2026) "Nouvelles dynamiques autour de l’économie numérique : la numérisation au service de l’emploi agricole et de la transformation rurale dans l’UEMOA", Rapport Ferdi, 80 p.