Retour d’Addis: Le financement du développement doit apporter une réponse aux vulnérabilités

Résumé

Premier des trois grands rendez-vous de cette année charnière pour le développement, la troisième Conférence internationale des Nations unies sur le financement du développement s’est déroulée du 13 au 16 juillet à Addis Abeba, en présence, dit-on, de plus de 10 000 personnes.


L’enjeu était de définir un cadre prospectif commun pour une mise en œuvre concrète et efficace du nouvel agenda du développement dont les objectifs seront adoptés en septembre lors de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

L’objectif de la Conférence est-il atteint ? Avant de répondre, rappelons-nous combien l’ambition était élevée tant les questions auxquelles doit répondre un financement durable du développement sont nombreuses et complexes. Gardons également à l’esprit que l’objectif d’une telle conférence, au-delà de la déclaration finale, réside aussi dans l’intense brassage d’idées qui l’accompagnent. Le paradoxe qui en résulte est la juxtaposition d’une négociation diplomatique, d’énoncés officiels des délégations réunies en séances plénières, et surtout d’un foisonnement beaucoup plus libre d’idées qui ne peuvent plus avoir d’impact sur la Déclaration mais qui peuvent influencer son application.


La Déclaration adoptée au soir du 15 juillet par l’ensemble des membres des Nations unies constitue une première étape nécessaire en vue de la mise en œuvre de l’agenda du développement durable. Elle reconnait avec force le rôle de tous les acteurs, notamment ceux du secteur privé pour lesquels les acteurs publics doivent mettre en place, parfois par la voie de l’innovation financière, les incitations économiques les plus pertinentes pour favoriser un développement plus largement partagé et durable.

Au-delà du diagnostic recensant les problèmes de financement du développement, la Déclaration insiste particulièrement sur la difficulté de financer les pays les plus vulnérables et les biens publics.

Elle réaffirme l’importance de l’action publique en ce sens, notamment en soulignant le rôle persistant de l’APD dans les pays vulnérables alors que celle-ci fait encore parfois l’objet de nombreux débats invitant à regarder au-delà de l’aide. Témoignant de cette forte prise en compte des vulnérabilités des pays et de leurs spécificités dans un agenda désormais universel, les PMA et autres pays vulnérables sont cités dans près d’un tiers des paragraphes de la Déclaration, ce qui est considérable compte tenu de leur faible présence dans les premiers documents préparatoires. Les thèmes associés tels que la prise en compte des risques et des chocs auxquels font face ces pays sont également très présents. La Déclaration souligne par ailleurs l’importance de considérer, au-delà des catégories de pays, le processus de développement comme un continuum, l’émergence n’excluant pas les vulnérabilités. La Ferdi ne peut que s’en féliciter, ces thèmes ayant été particulièrement défendus dans ses travaux depuis le début des discussions internationales sur la définition d’un nouvel agenda du développement.

Objet de l’ouvrage collectif de la Ferdi publié en juin (« Financing sustainable development. Addressing vulnerabilities », Boussichas & Guillaumont, 2015), le traitement durable des vulnérabilités par le financement du développement a pu être discuté lors du side-event organisé par la Ferdi en collaboration avec la Côte d’Ivoire et le Niger le 14 juillet dans le cadre de la Conférence d’Addis Abeba. Cet évènement, animé par Patrick Guillaumont, a réuni la Ministre des Finances de Côte d’Ivoire Niale Kaba, deux Secrétaires généraux adjoints des Nations unies Michel Sidibé (Onusida, auteur) et Gyan Acharya(OHRLLS), Pierre Jacquet (GDN, auteur), Tandin Wangmo (Commission du Bonheur National Brut et représentante du Ministre des Finances du Bhoutan), et Barry Herman (auteur). Les points qu’ils ont pu souligner corroborent ceux de la Déclaration évoqués plus haut. Plusieurs personnalités se sont à cette occasion exprimées depuis la salle dont Frédéric Bontems (Ministère français des Affaires étrangères), Yves Guicquero (Agence française de développement – AFD), Aka Aouele (Vice-Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire), et Jean-Marc Châtaigner (Directeur général délégué de l’Institut de recherche pour le développement – IRD). 

Naturellement, la Déclaration d’Addis Abeba n’est pas exempte des défauts de tout compromis international. Parmi les très nombreux thèmes qu’elle aborde, un a particulièrement retenu une attention finale, celui de la mise en place d’un organisme chargé de lutter contre les flux illicites et l’évasion fiscale. Le débat qui a vu s’opposer les partisans d’une telle institution dans le cadre des Nations unies à ceux plus favorables au comité existant de l’OCDE reflète le débat plus large quant à la gouvernance mondiale du développement et le degré de représentativité auquel chaque pays ou groupe de pays est en droit de prétendre aujourd’hui. Il renvoie à l’opposition entre deux visions opposées, l’une privilégiant la légitimité des Nations unies à celle invoquant l’efficacité d’un système plus concentré mais dont l’élargissement semble aujourd’hui nécessaire.

On peut évidemment regretter que tel ou tel point soit insuffisamment traité ou orienté dans un sens que l’on juge contraire à sa propre vision, mais ce texte constitue plus un point de départ commun pour une mise en œuvre plus efficace et mieux coordonnée du nouvel agenda du développement qu’un manuel universel de solutions génériques. Les solutions viendront essentiellement de la somme des initiatives individuelles et collectives, ce texte fournissant un ensemble d’orientations qui devraient inspirer les acteurs privés et publics du financement du développement.