Présentation du numéro 160 de la Revue d'Économie Financière

16 février 2026,

Bruno Cabrillac, président de la Ferdi, a présenté ce numéro de la Revue d'Économie Financière pour lequel il était coéditeur et a coécrit avec Matthieu Boussichas ( Ferdi) l'article "L'Afrique victime ou bénéficiaire des tensions géopolitiques et géoéconomiques ?".

Intervention de Bruno Cabrillac

Lorsqu'on évoque le contexte géopolitique et géoéconomique international, on parle désormais de "polycrise", pour caractériser la succession d'événements majeurs des dernières années : crise Covid, guerre de la Russie en Ukraine, tensions inflationnistes, montée de l'unilatéralisme, guerre des droits de douane initiée par l'administration Trump. Ce concept de polycrise peut être étendu aux facteurs structurels derrière la montée des tensions.

Celles-ci résultent en effet de cinq crises fortement interconnectées, mais dont le degré et la place dans la chaîne causale font débat et qui sont le sujet de ce numéro de la Revue d'Économie Financière comme du précédent.

Une crise du capitalisme mondial avec comme le note Dominique Plihon, un capitalisme mondialisé devenu multipolaire et plus divers, par exemple avec des formes nouvelles de capitalisme d’État et de multinationales (GAFA).

Une crise de la mondialisation qui portait en germe ses propres faiblesses : inégalités persistantes entre pays et croissantes à l'intérieur des pays, interdépendance croissante de plus en plus vécue comme une menace subie ou à brandir, épuisement des ressources naturelles...

Une crise géoéconomique suscitée par les bouleversements de la hiérarchie des puissances économiques : montée en puissance des pays asiatiques et surtout de la Chine, déclin de l'Europe et du Japon, mais aussi par une  rivalité sino-américaine de plus en plus marquée et ouverte et par la volonté de plus en plus affirmée des États-Unis d'instrumentaliser à leur profit leur dominance géoéconomique.

Une crise de la gouvernance mondiale dont les faiblesses ne sont plus adaptées au niveau très élevé des interdépendances et aux défis posés par la gestion des biens publics mondiaux dans un contexte d'urgence (climat, biodiversité...) et de montée des tensions (sécurité, stabilité financière).

Une crise du système monétaire et financier international qui, s'il a surmonté la grande crise financière de 2009 ne parvient pas à corriger les problèmes qu'il engendre : déséquilibres mondiaux, insuffisance et volatilité des capitaux vers les économies émergentes et en développement, ancrage sur le dollar et dilemme de Triffin.